Les talibés du Sénégal, des garçons âgés de cinq ans à peine, sont contraints de mendier dans la rue chaque jour, transformant la tradition d’éducation coranique en une activité lucrative pour les marabouts. Ancrée dans la culture ouest-africaine, cette pratique a évolué vers un système où les enfants sont exploités pour de l’argent plutôt que scolarisés. Des organisations de défense des droits humains dénoncent une traite d’êtres humains liée à la mendicité forcée, et l’ampleur du phénomène est vertigineuse.
Le système des daaras et son exploitation
Les talibés sont des élèves envoyés par des parents démunis vers des écoles coraniques, appelées daaras, dans des villes comme Saint-Louis. Les parents pensent que leurs fils recevront une éducation religieuse et auront une vie meilleure. Toutefois, de nombreux marabouts, ou enseignants religieux, ont transformé ces écoles en centres de profit.
Au lieu d’enseigner, ces marabouts envoient les enfants mendier pour obtenir de la nourriture et de l’argent, souvent pendant 8 à 10 heures par jour. Les enfants ne gardent presque rien pour eux ; la majorité est remise au marabout. Ce système n’a rien à voir avec la foi : il s’agit de gain financier.
Comment l’argent circule
Issa Kouyaté, fondateur de Maison de la Gare, une organisation de soutien à Saint-Louis, explique : « C’est une affaire. Ce n’est pas le Coran — c’est l’argent. » Chaque enfant peut rapporter entre 100 et 500 francs CFA (environ 0,17 à 0,85 $) par jour. Avec des dizaines de garçons rattachés à un seul marabout, cela représente des milliers de dollars chaque mois.
| Gains journaliers par enfant | Total mensuel par marabout (30 enfants) |
|---|---|
| 200 francs CFA (moy.) | 180 000 francs CFA (~300 $) |
| 500 francs CFA (élev.) | 450 000 francs CFA (~750 $) |
Ces chiffres sont considérables dans un pays où le salaire minimum est d’environ 60 000 francs CFA par mois. L’exploitation est répandue : on estime à 100 000 le nombre de talibés dans les rues du Sénégal.

Le coût humain : abus et négligence
Les enfants subissent non seulement des journées épuisantes de mendicité, mais aussi des violences physiques et psychologiques. Beaucoup souffrent de malnutrition, de maladies et de blessures liées à des accidents en évoluant au milieu de la circulation. Ils se voient souvent refuser des soins de santé appropriés, une éducation et tout contact avec leur famille.
Maison de la Gare offre un refuge sûr : elle propose des repas, des soins médicaux et des cours d’alphabétisation. Toutefois, l’organisation ne peut aider qu’une fraction des enfants qui en ont besoin. Le gouvernement sénégalais a adopté des lois contre la traite des enfants, mais leur application reste insuffisante.
À retenir sur la crise des talibés
- La mendicité forcée est une forme de traite d’êtres humains, reconnue par des organismes internationaux comme l’ONU.
- Les parents sont souvent trompés lorsqu’on leur propose d’envoyer leurs enfants dans des daaras, convaincus qu’ils seront scolarisés.
- Les marabouts tirent profit du travail des enfants, avec peu de redevabilité.
- Des ONG comme Maison de la Gare travaillent à secourir et à réhabiliter les talibés.
- Un changement structurel exige l’action des pouvoirs publics et une prise de conscience au sein des communautés.
Comparaison : daaras traditionnelles vs. daaras exploiteuses
Tous les daaras ne sont pas abusifs. Beaucoup de daaras traditionnels sont soutenus par la communauté et offrent une véritable éducation religieuse. Cependant, le modèle exploiteur s’est développé avec l’urbanisation : les enfants sont envoyés loin de chez eux et deviennent vulnérables.
| Daara traditionnel | Daara exploiteur |
|---|---|
| Financé par la communauté, enfants locaux | Enfants provenant de régions éloignées |
| Accent sur l’éducation et l’encadrement | Accent sur la mendicité et le profit |
| Pas de travail forcé | Mendicité forcée, souvent avec des quotas |
Que peut-on faire ?
Parmi les solutions figurent un renforcement plus strict de l’application des lois contre la traite, un meilleur financement des services sociaux et des campagnes d’information auprès des parents. La pression internationale et le soutien aux ONG locales sont également essentiels.
Le Sénégal a engagé des démarches, par exemple l’adoption d’une stratégie nationale contre la mendicité des enfants, mais la mise en œuvre accuse du retard. Le gouvernement doit rendre les marabouts responsables et proposer des alternatives aux familles vulnérables.
FAQ
Qu’est-ce qu’un talibé ?
Pourquoi les parents envoient-ils leurs enfants dans des daaras ?
Que fait-on pour mettre fin à la mendicité forcée au Sénégal ?
La crise des talibés est une tache pour la conscience du Sénégal, mais avec la sensibilisation et l’action, elle peut être traitée. Les enfants méritent une enfance, et non une vie de travail forcé dans la rue.