Le nouveau livre d'Omer Bartov, Israël : Qu'est-ce qui a mal tourné ?, offre un récit dévastateur et profondément documenté du déclin moral et politique de la nation. Publié au lendemain de l'attaque du Hamas en 2023 et des campagnes militaires israéliennes qui ont suivi, l'ouvrage retrace la trajectoire du pays, passant d'une démocratie libérale célébrée à un paria international accusé de crimes de guerre et de génocide. Bartov, professeur d'études sur la Shoah et le génocide à l'Université Brown et ancien officier de Tsahal, écrit avec un mélange unique de chagrin personnel et de rigueur académique, ce qui en fait une lecture essentielle pour quiconque cherche à comprendre la crise actuelle.
Le moment de publication de ce livre ne pourrait être plus urgent. Comme le note l'auteur, l'attaque d'Israël contre l'Iran n'est que le dernier exemple de sa dégénérescence, après des années d'occupation illégale, de nettoyage ethnique en Cisjordanie et de ce que de nombreux organismes internationaux appellent désormais un génocide à Gaza. Bartov soutient que la réponse internationale, y compris une attaque contre l'Iran soutenue par les États-Unis, a confirmé les soupçons régionaux de longue date selon lesquels Israël fonctionne comme un avant-poste de l'impérialisme occidental. La thèse centrale du livre est que les idéaux fondateurs d'Israël ont été systématiquement trahis.
La promesse brisée d'un État juif et démocratique
Bartov consacre un chapitre crucial, La Constitution manquante, à l'échec fondateur des pères fondateurs d'Israël. Il soutient que l'absence de constitution écrite a empêché l'État de concilier sa double identité d'État juif et de démocratie pour tous ses citoyens. La Déclaration d'indépendance promettait une égalité sociale et politique totale, sans distinction de race, de croyance ou de sexe, mais cette promesse n'a jamais été juridiquement consacrée.
Cette tension non résolue entre ethno-nationalisme et pluralisme a créé une faille structurelle qui ne s'est qu'aggravée avec le temps. Bartov montre comment les gouvernements successifs ont exploité cette ambiguïté pour privilégier la suprématie juive au détriment des valeurs démocratiques. Le résultat, selon lui, est un État aujourd'hui largement considéré comme un régime d'apartheid immoral, violent et oppressif.
D'icône libérale à paria international
Pendant des décennies, Israël a bénéficié d'une sympathie et d'un soutien sans précédent de la part de l'Occident, en partie à cause de la culpabilité liée à la Shoah et en partie à cause de son image d'îlot de démocratie dans une mer d'autoritarisme. Bartov documente méticuleusement comment cette image a été brisée par la réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Alors qu'Israël revendiquait le droit à la légitime défense, ses actions à Gaza, au Liban et en Syrie ont violé de manière flagrante le droit international humanitaire.
La Cour internationale de justice a conclu à un risque plausible de génocide et a ordonné à Israël de prendre des mesures préventives, ce qu'il a ignoré. Une commission de l'ONU a conclu qu'Israël était coupable de génocide, et la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre Benyamin Netanyahou pour crimes de guerre. Bartov écrit qu'il ne s'agit pas d'allégations abstraites, mais d'accusations crédibles étayées par des preuves accablantes.
Thèmes clés du livre
- Ethno-nationalisme vs. démocratie : La tension centrale qui n'a jamais été résolue.
- Violations du droit international : Cas documentés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide.
- Le tournant de 2023 : Comment la réponse au Hamas a accéléré l'isolement d'Israël.
- L'évolution du sionisme : D'un rêve libéral à un cauchemar d'occupation et de violence.
À qui s'adresse ce livre
Ce livre n'est pas un pamphlet mais une analyse historique soigneusement raisonnée. Il est idéal pour les lecteurs intéressés par la politique du Moyen-Orient, le droit international et les dilemmes moraux de la souveraineté étatique. Le ton de Bartov est plus empreint de tristesse que de colère, et son objectif n'est pas de condamner le sionisme mais d'expliquer comment il a pu dérailler à ce point. La dédicace à son père, Hanoch Bartov, « le dernier sioniste », souligne les enjeux personnels impliqués.
Pour les journalistes, les décideurs politiques et les étudiants en histoire, Israël : Qu'est-ce qui a mal tourné ? offre un récit complet et dévastateur de la chute d'une nation. Il invite les lecteurs à confronter des vérités inconfortables sur la nature du pouvoir, de l'identité et de la justice dans le monde moderne.
Questions fréquemment posées
Quel est l'argument principal du livre d'Omer Bartov ?
Le livre soutient que la dégradation morale et politique d'Israël découle de son incapacité à adopter une constitution qui concilierait son identité juive avec l'égalité démocratique pour tous les citoyens. Cette faille fondatrice a permis aux gouvernements successifs de privilégier l'ethno-nationalisme au détriment des droits de l'homme, conduisant à des accusations de crimes de guerre et de génocide.
Le livre est-il partial contre Israël ?
Bartov écrit depuis une position de profond attachement personnel à Israël, étant né dans un kibboutz et ayant servi comme officier de Tsahal. Le livre est écrit plus avec tristesse qu'avec colère, visant à expliquer plutôt qu'à condamner. C'est un travail académique fondé sur des preuves historiques et le droit international.
Quels événements récents le livre couvre-t-il ?
Le livre aborde l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les campagnes militaires israéliennes qui ont suivi à Gaza, au Liban et en Syrie, l'attaque contre l'Iran soutenue par les États-Unis, et les décisions juridiques internationales qui ont qualifié les actions d'Israël de génocidaires. Il fournit le contexte nécessaire pour comprendre ces événements comme faisant partie d'un déclin historique plus long.
